Ouvert le 11 mai dernier à Nairobi, le sommet Africa Forward, coorganisé par la France et le Kenya, se poursuit ce 12 mai avec la rencontre des chefs d’État et des principaux acteurs économiques du continent. Plusieurs dirigeants africains ont effectué le déplacement dans la capitale kényane pour prendre part à ce rendez-vous diplomatique et économique présenté comme une nouvelle génération des sommets Afrique-France.
À travers cette initiative, Paris tente visiblement de redéfinir sa relation avec le continent africain dans un contexte marqué par une perte progressive d’influence et par une contestation croissante de sa politique africaine. Ce forum, largement orienté vers les investissements, le commerce et les partenariats économiques, marque une rupture avec les anciennes rencontres franco-africaines souvent dominées par les questions politiques et sécuritaires.
Le choix du Kenya pour accueillir ce sommet n’est d’ailleurs pas anodin. C’est la première fois qu’un tel rendez-vous se tient dans un pays anglophone, signe évident d’une volonté française d’élargir son champ d’action au-delà de son traditionnel pré-carré francophone. Une manière pour Paris de démontrer sa capacité d’adaptation dans une Afrique en pleine mutation géopolitique et économique.
Depuis plusieurs années, la France fait face à une détérioration de son image sur le continent. Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, sa présence militaire, diplomatique et économique est de plus en plus remise en cause. Des États autrefois considérés comme proches de Paris ont choisi de diversifier leurs partenariats stratégiques en se tournant vers d’autres puissances comme la Chine, la Russie, la Turquie ou encore les pays du Golfe.
Cette évolution s’est accompagnée d’une montée du sentiment anti-français dans certaines régions du continent, alimentée par des critiques sur la nature des relations héritées de l’époque coloniale et sur l’impression persistante d’une influence jugée excessive de l’ancienne puissance coloniale dans les affaires africaines.
Face à cette réalité, la France semble avoir compris la nécessité de revoir sa stratégie. Avec Africa Forward, Paris cherche à promouvoir un partenariat présenté comme plus équilibré, fondé sur des intérêts mutuels et sur une coopération économique dite « gagnant-gagnant ». L’objectif affiché est de bâtir une relation davantage tournée vers les opportunités d’affaires, l’innovation, les infrastructures et les investissements, plutôt que vers les logiques d’assistance ou d’ingérence politique.
Pour de nombreux pays africains, cette nouvelle approche correspond à une attente de plus en plus forte : celle d’être considérés comme de véritables partenaires et non plus comme de simples zones d’influence. Dans un continent où les économies connaissent des transformations rapides et où la concurrence internationale s’intensifie, les États africains entendent désormais défendre leurs intérêts avec plus d’assurance.
Au-delà du discours diplomatique, ce sommet constitue également un enjeu économique majeur pour la France. Les revers enregistrés ces dernières années dans certaines régions africaines ont entraîné des pertes importantes pour plusieurs entreprises françaises. En s’ouvrant davantage aux marchés anglophones, Paris tente aussi de donner un nouveau souffle à ses échanges commerciaux sur un continent considéré comme stratégique pour l’avenir de l’économie mondiale.
Les pays anglophones africains représentent en effet des marchés dynamiques et à fort potentiel, avec des économies parmi les plus influentes du continent. Pour la France, il s’agit désormais de sortir du cercle restreint de ses partenaires historiques afin de maintenir sa compétitivité face à des concurrents de plus en plus présents.
Pour le président Emmanuel Macron, dont le second mandat approche de son terme, ce sommet apparaît également comme une tentative de laisser une nouvelle empreinte dans les relations entre la France et l’Afrique. Après une décennie marquée par des tensions diplomatiques et des incompréhensions récurrentes, le chef de l’État français semble vouloir amorcer un tournant et poser les bases d’une coopération renouvelée.
Reste désormais à savoir si cette volonté de repositionnement produira des effets durables ou si elle ne sera perçue que comme une opération de rattrapage destinée à préserver ce qui reste de l’influence française sur le continent.
Une chose est certaine : dans une Afrique de plus en plus ouverte à la concurrence internationale, Paris n’a plus d’autre choix que de convaincre plutôt que d’imposer.
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