SADC : le sommet de Durban face au défi brûlant de la xénophobie en Afrique du Sud

Alors que les violences visant des ressortissants étrangers ravivent les tensions dans la région, les dirigeants d’Afrique australe sont appelés à défendre la solidarité, la libre circulation et les principes de l’intégration régionale.

DURBAN — Le 46e Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) s’est ouvert le 17 août 2026 à Durban, en Afrique du Sud. Réunis autour du thème « Une industrialisation résiliente, durable et inclusive par le développement des infrastructures, la transformation agricole et la valorisation des minéraux critiques, pour un monde plus équitable », les dirigeants de la région doivent également faire face à une question qui dépasse les enjeux économiques : celle des migrations et des violences xénophobes qui secouent l’Afrique du Sud.

Le sujet est devenu difficile à contourner. Ces derniers mois, plusieurs ressortissants africains vivant en Afrique du Sud ont été pris pour cible lors de manifestations anti-migrants, parfois marquées par des actes de violence, des expulsions et des formes de justice populaire. Une situation qui ravive les inquiétudes sur la capacité des États de la région à construire une véritable intégration fondée sur la solidarité et la libre circulation des personnes.

Une question qui met Pretoria sous pressionLe phénomène de la xénophobie en Afrique du Sud n’est pas nouveau. Mais l’ampleur prise par certaines mobilisations récentes a renforcé les préoccupations au sein de plusieurs pays africains.

Des ressortissants de pays membres de la SADC, notamment du Zimbabwe, du Malawi et de la République démocratique du Congo, ont été directement concernés par ces tensions. Pour leurs pays d’origine, les violences et les campagnes visant les étrangers constituent non seulement une question de sécurité, mais aussi un problème diplomatique.

La situation est d’autant plus sensible que l’Afrique du Sud occupe une place centrale dans l’espace économique et politique régional. Les tensions visant les migrants africains risquent donc d’avoir des répercussions bien au-delà des frontières sud-africaines.

À Durban, les dirigeants de la SADC disposent ainsi d’une occasion de mettre le sujet sur la table et de rechercher des réponses communes. Car derrière la question migratoire se joue un principe essentiel : celui de la solidarité entre les peuples de la région.

La libre circulation au cœur de l’intégration régionaleLa SADC a notamment pour ambition de renforcer la coopération et l’intégration entre ses États membres. Cette ambition passe par une meilleure circulation des personnes et des biens, ainsi que par l’harmonisation progressive des politiques économiques et sociales.Dans ce contexte, les actes de discrimination visant les ressortissants étrangers apparaissent en contradiction avec l’esprit même du projet régional.

Pour atteindre ses objectifs, l’organisation a besoin de créer un environnement dans lequel les citoyens des pays membres puissent circuler, travailler et entreprendre dans le respect des lois des États d’accueil. La lutte contre la xénophobie constitue donc un enjeu qui touche directement à la crédibilité de l’intégration régionale.

Le sommet de Durban pourrait ainsi permettre aux dirigeants de rappeler que la lutte contre les violences visant les étrangers ne relève pas uniquement de la responsabilité de Pretoria. Elle nécessite également une réponse régionale, notamment à travers le dialogue diplomatique, la coopération sécuritaire et des mécanismes de prévention des tensions communautaires.

Plusieurs autres dossiers sensibles sur la tableLa question migratoire ne constitue toutefois qu’un des nombreux dossiers inscrits à l’agenda du 46e sommet de la SADC.

Les dirigeants doivent notamment se pencher sur la situation dans l’est de la République démocratique du Congo, où les préoccupations sécuritaires demeurent importantes, ainsi que sur l’évolution de la transition à Madagascar.

La situation politique en Zambie figure également parmi les sujets d’attention, après l’élection présidentielle du 13 août. Les observations formulées par la mission de la SADC sur certains aspects du processus électoral devraient alimenter les discussions.

Ces différents dossiers illustrent les nombreux défis auxquels est confrontée la communauté régionale, entre crises politiques, questions sécuritaires, enjeux économiques et impératifs d’intégration.

Un test pour la solidarité régionaleAu-delà des déclarations officielles, le 46e sommet de la SADC constitue donc un test pour la solidarité entre les États d’Afrique australe.

Face aux violences xénophobes, les dirigeants sont attendus sur des mesures concrètes capables de protéger les ressortissants de la région tout en respectant la souveraineté et les législations nationales.

Créée en 1980 sous le nom de Conférence de coordination du développement de l’Afrique australe (SADCC), avant de devenir la SADC en 1992, l’organisation regroupe aujourd’hui 16 États membres : l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, la RDC, l’Eswatini, la Tanzanie, le Zimbabwe, le Malawi, le Mozambique, la Namibie, Maurice, le Lesotho, Madagascar, les Seychelles, la Zambie et les Comores.

Son ambition est de promouvoir une croissance économique et un développement socio-économique durables et équitables grâce à la coopération et à l’intégration.

À Durban, cette ambition se trouve confrontée à une réalité préoccupante : il est difficile de parler d’intégration régionale lorsque des citoyens de la même communauté sont contraints de vivre dans la peur en raison de leur nationalité.

Le sommet sera donc particulièrement scruté sur ce dossier. Car au-delà des discours sur l’industrialisation, les infrastructures et les minerais critiques, la véritable force de la SADC se mesurera aussi à sa capacité à défendre la solidarité entre ses peuples et à faire reculer les violences xénophobes.

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