Le climat politique continue de se tendre au Sénégal. L’adoption, le 29 juin, d’un projet de révision de la Constitution par l’Assemblée nationale a ravivé les divergences entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale. Un épisode qui illustre les fractures grandissantes au sein du camp arrivé au pouvoir en 2024.

À l’origine de cette crispation, un projet de réforme porté par le groupe parlementaire du PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité). Présenté comme une initiative visant notamment à rééquilibrer les pouvoirs entre les institutions, le texte a toutefois suscité de vives contestations après des modifications de dernière minute. Les proches du chef de l’État estiment que ces changements altèrent profondément l’esprit du projet initial et réduisent davantage les prérogatives présidentielles.
Pour les soutiens de Bassirou Diomaye Faye, ces amendements relèvent d’une manœuvre politique. Ils accusent Ousmane Sonko d’adopter une posture de revanche après son départ de la Primature le mois précédent, y voyant le signe d’une rupture de confiance entre les deux anciens alliés.

Cette nouvelle séquence politique confirme l’élargissement du fossé entre les deux figures majeures du pouvoir sénégalais. Après avoir mené ensemble le combat politique qui les a conduits aux responsabilités, les relations entre les deux hommes semblent désormais profondément détériorées. Une évolution qui alimente les interrogations sur la stabilité de la majorité au pouvoir.Au-delà des cercles politiques, la réforme suscite également des réactions au sein de la société civile. Le mouvement citoyen « Yen a Marre », notamment, a appelé à une large concertation nationale avant toute modification de la Constitution. Plusieurs acteurs estiment qu’un texte aussi fondamental devrait être soumis à l’appréciation directe des citoyens par voie référendaire.
Malgré ces réserves, la majorité parlementaire dominée par le PASTEF, fort de ses 130 députés sur les 165 que compte l’Assemblée nationale, a fait adopter le projet. Une démonstration de force politique qui n’a cependant pas mis fin aux controverses.
Dans la foulée du vote, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé son intention de soumettre la réforme à référendum. Une décision qui pourrait permettre au peuple sénégalais de trancher sur une question devenue hautement politique.
Au-delà des aspects juridiques, cette réforme apparaît désormais comme le reflet d’une rivalité de plus en plus ouverte entre les deux principaux dirigeants du pays. Nombre d’observateurs y voient moins un débat institutionnel qu’une lutte d’influence entre deux anciens compagnons de route dont les ambitions semblent désormais diverger.
Si l’objectif affiché de la réforme est de renforcer l’équilibre des pouvoirs et d’améliorer la gouvernance, le contexte politique actuel nourrit les doutes sur les véritables motivations des différents protagonistes. À mesure que se profile la prochaine élection présidentielle, les rapports de force semblent se redessiner, chacun cherchant à consolider sa position.
Dans ce climat de défiance, le principal enjeu reste la préservation de la stabilité politique du Sénégal. Car au-delà des affrontements entre dirigeants, c’est l’intérêt des citoyens qui demeure en jeu. Reste désormais à savoir si le chef de l’État choisira de promulguer définitivement la réforme ou de laisser les Sénégalais se prononcer par référendum. Une décision très attendue qui pourrait marquer un nouveau tournant dans la vie politique du pays.
Ledenonciateurmoderne.com




