La question du troisième mandat s’invite de nouveau au cœur du débat politique en Afrique. En République démocratique du Congo (RDC) comme en Mauritanie, deux pays pourtant éloignés géographiquement mais rapprochés par une actualité similaire, les spéculations autour d’une éventuelle prolongation du pouvoir présidentiel alimentent les controverses et divisent profondément les opinions.
Dans ces deux États qui ont connu une alternance politique au cours de la dernière décennie, les regards sont désormais tournés vers les présidents Félix Tshisekedi et Mohamed Ould Ghazouani. Tous deux sont soupçonnés par leurs détracteurs de préparer le terrain à un troisième mandat, même si aucun n’a officiellement annoncé une telle ambition.
Une stratégie qui rappelle une pratique bien connue sur le continent : laisser des proches et fidèles alliés sonder l’opinion publique avant toute prise de position officielle.
En RDC, une opposition déterminée à barrer la route à Tshisekedi
En République démocratique du Congo, le débat autour d’un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi ne cesse de prendre de l’ampleur depuis près de deux ans. La tension est montée d’un cran après l’adoption par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi ouvrant la voie à un référendum susceptible de permettre au chef de l’État de briguer un nouveau mandat.
Cette évolution a provoqué une vive réaction de l’opposition et de plusieurs organisations de la société civile. Réunies au sein de la plateforme C64, les forces opposées à une modification des règles du jeu politique ont multiplié les actions de contestation. Après une journée « ville morte » largement suivie, elles ont appelé à un sit-in devant le siège du Parlement.
Interdite par les autorités, la manifestation a néanmoins donné lieu à des affrontements entre protestataires et forces de l’ordre. Selon plusieurs témoignages, des morts et de nombreux blessés ont été enregistrés. Parmi ces derniers figure notamment l’opposant Martin Fayulu, l’une des principales figures de la contestation. Des dizaines d’arrestations auraient également été effectuées.
Malgré cette montée des tensions, Félix Tshisekedi semble déterminé à poursuivre sa démarche. Ses adversaires l’accusent de vouloir s’accrocher au pouvoir, quitte à recourir à un passage en force. Une situation qui ne manque pas de rappeler l’époque où lui-même, alors dans l’opposition, combattait avec vigueur les tentatives de son prédécesseur, Joseph Kabila, de prolonger son règne à la tête du pays.
À l’époque, la pression populaire et politique avait finalement contraint Kabila à renoncer, ouvrant la voie à une transition politique. Pour de nombreux observateurs, voir aujourd’hui Tshisekedi emprunter une trajectoire similaire apparaît comme un paradoxe politique difficile à ignorer.
En Mauritanie, Ghazouani entretient le flouLa situation présente également des similitudes en Mauritanie. Le président Mohamed Ould Ghazouani, arrivé au pouvoir après avoir succédé à son mentor, Mohamed Ould Abdel Aziz, est lui aussi confronté aux interrogations sur ses intentions pour l’après-2029.
Depuis plusieurs mois, des élus et responsables de la majorité multiplient les déclarations favorables à une éventuelle révision des dispositions limitant les mandats présidentiels. Une campagne qui, selon certains analystes, pourrait constituer une manière de tester l’acceptabilité d’une telle option auprès de l’opinion publique.
Cette agitation politique commence d’ailleurs à peser sur le climat national et risque de compromettre les efforts en faveur d’un dialogue politique inclusif, pourtant réclamé par de nombreux acteurs.
Pour dissiper les doutes, plusieurs voix estiment que Mohamed Ould Ghazouani devrait clarifier sa position de manière explicite. Une déclaration ferme permettrait de mettre fin aux spéculations et de recadrer les responsables de son camp qui alimentent la polémique.
Certains rappellent à ce titre l’exemple de l’ancien président nigérien, Mahamadou Issoufou, qui avait clairement rejeté toute perspective de troisième mandat et sanctionné les militants appelant publiquement à une modification de la Constitution dans ce sens. Un précédent qui reste toutefois propre au contexte nigérien et qui ne semble pas, pour l’instant, inspirer les autorités mauritaniennes.
Une équation politique délicate
Qu’il s’agisse de la RDC ou de la Mauritanie, la question du troisième mandat demeure un sujet sensible. Dans des pays où les alternances démocratiques restent fragiles, toute initiative perçue comme une remise en cause des limitations constitutionnelles des mandats est susceptible d’alimenter les tensions politiques et sociales.
Pour l’heure, Félix Tshisekedi comme Mohamed Ould Ghazouani entretiennent le suspense. Mais à mesure que le débat s’intensifie, la pression s’accroît sur les deux dirigeants, appelés à clarifier leurs intentions afin d’éviter que la question du pouvoir ne devienne un nouveau facteur d’instabilité.
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