CONAKRY – À peine installé dans ses fonctions de Procureur spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright imprime déjà son rythme. Moins d’une semaine après sa prise de fonction, le magistrat a engagé une première action d’envergure visant pas moins de 111 personnalités, marquant ainsi le ton de son mandat à la tête du parquet spécial.Selon des informations recueillies, le procureur a émis, le 10 avril dernier, une réquisition aux fins d’interdiction de sortie du territoire national à l’encontre de ces individus. Cette mesure conservatoire s’inscrit dans le cadre de nouvelles procédures judiciaires en cours. Elle vise, selon le parquet, à empêcher les personnes concernées de « se soustraire aux poursuites » et à garantir leur disponibilité pour les besoins des enquêtes.

Des accusations lourdes et multiplesLes faits reprochés aux personnes visées couvrent un large éventail d’infractions économiques et financières. Parmi les chefs d’accusation évoqués figurent notamment le détournement de deniers publics, l’enrichissement illicite, le blanchiment d’argent, ainsi que la corruption d’agents publics. À cela s’ajoutent des faits d’abus de biens sociaux, d’abus de confiance, d’escroquerie, mais aussi de faux et usage de faux, avec parfois des soupçons de complicité.
Ces accusations, bien que présumées à ce stade, traduisent l’ampleur des dossiers que le parquet spécial entend instruire dans les semaines à venir.
Des profils variés dans le viseurLa liste des personnes concernées révèle une diversité de profils. Elle inclut principalement des cadres de l’administration publique, d’anciens ministres, ainsi que des responsables de sociétés publiques et privées.
Parmi eux, figurent de nombreux Chefs des Divisions des Affaires Financières (DAF), des contrôleurs financiers et des responsables des marchés publics issus de ministères stratégiques tels que les Affaires étrangères, la Santé, les Mines, l’Agriculture ou encore l’Urbanisme. Des cadres d’entreprises publiques comme la Société des Eaux de Guinée (SEG) ou l’Office national du pétrole sont également cités, aux côtés de dirigeants d’entreprises de BTP et de services.
Un dispositif légal mobilisé
Pour justifier cette décision, le parquet spécial s’appuie sur un socle juridique solide. La réquisition fait notamment référence à l’ordonnance de création de la CRIEF en décembre 2021, au Code pénal guinéen, ainsi qu’aux lois adoptées en 2017 et 2021 relatives à la lutte contre la corruption et le blanchiment de capitaux.
Dans la foulée, le Commissaire spécial de la Direction de la Police de l’Air et des Frontières a été officiellement saisi pour veiller à l’application immédiate de cette mesure sur l’ensemble du territoire.
Avec cette première vague d’actions, Alphonse Charles Wright envoie un signal fort : la lutte contre la délinquance économique et financière pourrait connaître une nouvelle phase d’accélération en Guinée. Reste désormais à voir comment ces procédures évolueront devant les juridictions compétentes.
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