Conakry, 10 juin 2026 – Le Tribunal de première instance (TPI) de Dixinn a rendu son verdict ce mercredi dans une affaire de délaissement d’enfants qui a suscité de nombreux débats au sein de l’opinion publique. Plusieurs parents étaient poursuivis pour « délaissement d’enfants hors d’état de se protéger », après l’interpellation de mineurs retrouvés dans les rues de Conakry au-delà de 22 heures.
Au terme des audiences, le tribunal a prononcé la relaxe d’Étienne et du journaliste Ibrahima Sory Camara, estimant que les charges retenues contre eux n’étaient pas suffisamment établies. Les deux hommes ont ainsi recouvré leur liberté.
En revanche, trois autres prévenus ont été reconnus coupables et condamnés à trois mois d’emprisonnement avec sursis, assortis d’une amende de 500 000 francs guinéens chacun. Une décision moins sévère que les réquisitions du parquet, qui avait demandé trois mois de prison avec sursis ainsi qu’une amende de deux millions de francs guinéens contre chaque prévenu.
Des parents invoquent la précarité
Tout au long des débats, les prévenus ont rejeté l’accusation d’abandon d’enfants, mettant plutôt en avant les difficultés économiques auxquelles leurs familles sont confrontées.
À la barre, le journaliste Ibrahima Sory Camara a expliqué avoir été surpris de faire l’objet de poursuites judiciaires. Selon lui, les circonstances de l’interpellation de ses enfants ne traduisaient en rien une situation de délaissement.
« L’enfant était à une kermesse et il est rentré à la maison vers 22 heures pour manger avant de ressortir. J’étais à Mandiana pour la couverture médiatique des élections. Lorsque ma sœur a été interpellée, j’ai accepté de répondre à sa place parce qu’elle est malade », a-t-il déclaré devant le tribunal.
Le journaliste a également souligné que ses enfants sont régulièrement scolarisés et qu’ils avaient été arrêtés alors qu’ils se rendaient chercher leurs sœurs pour rentrer à la maison.
« Ce n’est certes pas idéal que des enfants soient dehors après 22 heures, mais cela ne signifie pas qu’ils sont abandonnés », a-t-il insisté.
Des réalités sociales difficiles
Parmi les autres témoignages entendus, celui d’un homme poursuivi après l’arrestation d’une fillette de neuf ans a retenu l’attention. Il a expliqué que l’enfant, bien qu’elle ne soit pas sa fille biologique, vit sous sa responsabilité et fréquente l’école. Selon lui, elle avait simplement accompagné d’autres enfants à une cérémonie de mariage lorsqu’elle a été interpellée.
« Je demande pardon à l’État. J’étais sous la douche quand on m’a informé de son arrestation », a-t-il plaidé.De son côté, Saran, mère d’une adolescente de 16 ans, a décrit les difficultés auxquelles sa famille est confrontée. Commerçante, elle a indiqué que sa fille, qui apprend la couture, l’aide régulièrement à vendre du pain afin de soutenir les revenus du foyer.
« Mon mari est malade et ne peut pas travailler. Nous vivons chez mon grand frère faute de moyens. Ma fille venait m’aider après son apprentissage lorsqu’elle a été interpellée vers 22 heures », a-t-elle expliqué.
Reconnaissant que les enfants ne devraient pas être exposés à de telles contraintes tard dans la nuit, elle a sollicité l’indulgence de la justice.
Entre protection de l’enfance et précarité des familles
Au-delà des condamnations prononcées, cette affaire remet en lumière une problématique récurrente dans la capitale guinéenne : la protection des enfants face aux risques de la rue, mais aussi les réalités socio-économiques qui poussent certaines familles à associer leurs enfants aux activités génératrices de revenus.
Le jugement du TPI de Dixinn relance ainsi le débat sur l’équilibre à trouver entre l’application stricte des dispositions relatives à la protection des mineurs et la prise en compte des difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses familles à Conakry.
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