Expulsions américaines : des ressortissants guinéens accueillis temporairement en Sierra Leone

L’opération s’est déroulée dans une grande discrétion, mais ses conséquences humaines soulèvent déjà une vive émotion. Ce mercredi matin, un premier groupe de migrants ouest-africains expulsés des États-Unis a atterri à l’aéroport international de Lungi, près de Freetown, en Sierra Leone. Parmi eux figurent plusieurs ressortissants guinéens, aux côtés de citoyens nigérians, ghanéens et sénégalais.Selon les informations recueillies par l’AFP sur place, neuf migrants — sept hommes et deux femmes — ont été transférés dans le cadre d’un nouvel accord conclu entre Washington et Freetown. Ce dispositif, baptisé « Third Country National Agreement » (TNCA), permet désormais à la Sierra Leone d’accueillir temporairement des migrants africains expulsés du territoire américain.Au départ, les autorités sierra-léonaises avaient annoncé l’arrivée de 25 personnes. Mais le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Timothy Musa Kabba, a finalement confirmé à l’AFP que seulement neuf expulsés avaient été réceptionnés ce mercredi.

Sur place, les premiers témoignages dressent un tableau particulièrement préoccupant. Doris Bah, responsable du ministère sierra-léonais de la Santé présente à l’aéroport, a indiqué que les migrants étaient profondément marqués par leur détention aux États-Unis. Selon elle, plusieurs d’entre eux auraient passé des mois enchaînés avant leur expulsion.

« Certaines personnes ont été arrêtées dans la rue ou sur leur lieu de travail, tandis qu’une autre a été interpellée alors qu’elle jouait au football », a-t-elle déclaré à l’AFP. À leur arrivée, les migrants ont été pris en charge par les forces de sécurité avant d’être conduits dans un hôtel de la capitale.

L’accord entre les États-Unis et la Sierra Leone prévoit un mécanisme de transit destiné exclusivement aux ressortissants des pays membres de la CEDEAO en situation irrégulière sur le territoire américain. D’après des documents consultés par l’AFP, le programme fixe une limite de 25 personnes par mois, soit jusqu’à 300 migrants par an.

Les autorités sierra-léonaises présentent ce partenariat comme un dispositif « temporaire et humanitaire ». Le ministre Timothy Musa Kabba affirme que certains migrants concernés disposaient déjà, par le passé, de titres de séjour sierra-léonais, justifiant ainsi leur accueil provisoire dans le pays.

Cependant, plusieurs zones d’ombre demeurent concernant les conditions exactes de leur séjour. Alors que certains documents officiels évoquent un rapatriement vers les pays d’origine dans un délai de deux semaines — exceptionnellement prolongé à 30 jours — le chef de la diplomatie sierra-léonaise affirme, lui, que les expulsés peuvent rester jusqu’à 90 jours sur le territoire.

Pour soutenir cette politique, le département d’État américain a débloqué une enveloppe de 1,5 million de dollars destinée à financer l’hébergement, l’assistance et le rapatriement des migrants. Washington considère cette politique d’expulsion comme une « priorité absolue », sans toutefois détailler les raisons ayant conduit au choix de la Sierra Leone comme pays de transit.

Avec cet accord, la Sierra Leone rejoint plusieurs États africains ayant accepté de collaborer avec l’administration américaine sur les expulsions migratoires, notamment la Guinée équatoriale, le Rwanda, le Ghana, le Cameroun, l’Eswatini, le Soudan du Sud ou encore la République démocratique du Congo.Mais cette coopération suscite déjà de nombreuses critiques. En Sierra Leone, des voix de la société civile dénoncent un manque de transparence autour de cet accord et s’inquiètent de la capacité du pays à accueillir ces migrants dans un contexte économique déjà fragile.

Les organisations de défense des droits humains montent également au créneau. En septembre dernier, Human Rights Watch avait dénoncé les expulsions américaines reposant sur des « accords opaques », estimant qu’elles contrevenaient au droit international.

Au-delà des considérations diplomatiques, cette première vague d’expulsions met surtout en lumière le sort incertain de migrants ouest-africains brutalement arrachés à leur quotidien aux États-Unis, puis redirigés vers un pays qui n’est parfois même pas le leur.

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