Au Sénégal, l’ambition affichée de réformer en profondeur le système politique se heurte à une réalité bien plus complexe : celle des rivalités internes au sommet de l’État. Portées au nom du renforcement de l’État de droit, de l’inclusion politique et de la transparence électorale, les réformes envisagées — révision constitutionnelle, refonte de la Cour constitutionnelle, adoption d’un nouveau Code électoral et mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) — pourraient marquer un tournant démocratique majeur. Mais leur adoption reste incertaine, tant le climat politique est électrique.
Au cœur des tensions, un choc d’ambitions entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko. Officiellement alliés, les deux hommes semblent de plus en plus engagés dans une rivalité larvée qui fragilise la cohésion du pouvoir.
L’opposition, pour sa part, rejette en bloc les réformes proposées, qu’elle considère comme une manœuvre destinée à garantir l’éligibilité d’Ousmane Sonko, malgré ses démêlés judiciaires. Mais le fait le plus marquant reste le soutien implicite que cette contestation trouve au sein même de la majorité présidentielle. La coalition au pouvoir, loin d’afficher une unité sans faille, exprime ouvertement ses réserves, dénonçant notamment un manque de concertation et une réforme jugée trop centrée sur des intérêts individuels.
Derrière ces divergences, beaucoup voient se dessiner les prémices d’une bataille pour la présidentielle de 2029. Ousmane Sonko, figure politique majeure et leader du PASTEF, semble déjà se projeter vers l’avenir, tandis que Bassirou Diomaye Faye n’exclut pas l’hypothèse d’un second mandat. Cette concurrence interne installe un climat de méfiance, voire de confrontation, au sommet de l’État.
Des signaux récents viennent renforcer cette impression de recomposition politique en cours. Le président Faye aurait ainsi engagé des discussions discrètes avec Amadou Ba, ancien Premier ministre et candidat malheureux à la dernière présidentielle. Une initiative qui alimente les spéculations sur une possible reconfiguration des alliances, y compris avec l’Alliance pour la République de l’ex-président Macky Sall.
Dans ce contexte, l’avenir du tandem exécutif apparaît de plus en plus incertain. L’attelage Faye–Sonko, qui avait suscité de grands espoirs, semble aujourd’hui en sursis. Entre réformes contestées, luttes d’influence et ambitions personnelles, le pouvoir sénégalais avance sur une ligne de crête.
Reste à savoir si les deux hommes sauront dépasser leurs divergences pour préserver l’essentiel : la stabilité politique du pays et la crédibilité de ses institutions. À défaut, le Sénégal pourrait entrer dans une zone de turbulences, où les rivalités individuelles prendraient le pas sur les enjeux collectifs.
Ledenonciateurmoderne.com




