Résolutions de l’UA sur l’esclavage et la lutte contre le terrorisme : effet d’annonce ou annonce sans effet ?

Les 14 et 15 février 2026, la 39e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA), réunie à Addis-Abeba, a débouché sur des résolutions qualifiées d’historiques.

Au cœur des décisions : la reconnaissance de l’esclavage et de la colonisation comme des « crimes contre l’humanité » et un engagement renouvelé dans la lutte contre le terrorisme. Deux annonces fortes. Mais au-delà de la solennité des déclarations, beaucoup s’interrogent : ces résolutions auront-elles un réel impact ou resteront-elles symboliques ?

Une reconnaissance historique, un combat titanesque

En qualifiant officiellement l’esclavage et la colonisation de crimes contre l’humanité, l’UA franchit un cap inédit dans son histoire. L’organisation panafricaine évoque le « caractère systématique et planifié » de ces pratiques et leurs conséquences dévastatrices sur les sociétés africaines. Une position en phase avec les revendications de nombreuses organisations de la société civile à travers le continent.L’UA entend désormais porter la question devant l’Organisation des Nations unies (ONU), afin d’obtenir une reconnaissance formelle au niveau international et, potentiellement, l’établissement d’un cadre juridique global. Mais la bataille s’annonce longue et complexe. Les anciennes puissances coloniales occupent toujours une place influente au sein des instances onusiennes. Et derrière la reconnaissance symbolique plane l’épineuse question des réparations.

Le préjudice subi par les peuples africains reste immense, tant sur le plan humain qu’économique et culturel. Si la demande de reconnaissance devait prospérer, ses implications pourraient être lourdes de conséquences pour les anciens colonisateurs. Dès lors, la question se pose : quelles sont les chances réelles de succès d’une telle initiative sur la scène internationale ? L’UA dispose-t-elle des leviers diplomatiques nécessaires pour transformer cette résolution en avancée concrète ?Terrorisme : unité affichée, divisions persistantes

Autre dossier majeur du sommet d’Addis-Abeba : la lutte contre le terrorisme. Les chefs d’État ont réaffirmé leur détermination à combattre ce fléau qui frappe durement plusieurs régions du continent, notamment le Sahel. Mais là encore, l’écart entre les déclarations et la réalité du terrain alimente le scepticisme.

Les approches divergent profondément. Certains États, directement confrontés à la violence des groupes armés, ont choisi de compter prioritairement sur leurs propres forces. D’autres, moins exposés, misent sur des partenariats extérieurs parfois controversés. Entre suspicions mutuelles, tensions diplomatiques et accusations de jeux troubles, la cohésion continentale apparaît fragile. La mutualisation des moyens, souvent présentée comme la solution idéale face à un ennemi aux multiples visages, peine à se concrétiser. À l’échelle régionale déjà, les mécanismes de coopération montrent leurs limites. À l’échelle continentale, le défi est encore plus grand.

Une organisation en quête de leadershipLe problème est aussi structurel. L’UA, dont le fonctionnement dépend largement de financements extérieurs, peut-elle mobiliser les ressources financières et logistiques nécessaires pour mener une lutte efficace contre les groupes terroristes ? La question reste entière.

L’expérience du G5 Sahel, conçu pour coordonner la riposte sécuritaire dans la bande sahélienne mais finalement dissous dans un climat de désillusion, reste dans toutes les mémoires. Elle rappelle que la volonté politique, si elle est indispensable, ne suffit pas sans cohésion stratégique, moyens pérennes et confiance mutuelle.Au-delà des intentions affichées, l’UA est attendue sur sa capacité à peser réellement dans la résolution des crises africaines. Car entre proclamations ambitieuses et réalités géopolitiques complexes, le chemin est étroit.

En définitive, la 39e session d’Addis-Abeba marque sans doute une étape symbolique forte pour le continent. Reste à savoir si ces résolutions constitueront le point de départ d’une dynamique transformative ou si elles rejoindront la longue liste des engagements solennels aux effets limités. L’histoire jugera.

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