Gabon : les réseaux sociaux dans le viseur des autorités

Au Gabon, les réseaux sociaux ne sont visiblement plus considérés comme une zone de non-droit. À Libreville, les autorités ont décidé de suspendre temporairement l’accès à certaines plateformes numériques, accusées de laisser proliférer des contenus illicites sans exercer un contrôle suffisant. Une décision radicale qui suscite autant de compréhension que d’interrogations.

Du côté des décideurs gabonais, le ton est ferme : les géants du numérique seraient restés indifférents face à des publications jugées contraires à la loi. Les autorités estiment que ces plateformes ne jouent pas pleinement leur rôle de régulateur et de « gendarme » de l’espace virtuel. Dans un contexte où les discours virulents et les informations non vérifiées circulent à grande vitesse, l’argument de la responsabilité des réseaux sociaux trouve un certain écho.Mais la mesure prise par la Haute Autorité de la Communication (HAC) interroge. Était-il nécessaire de suspendre l’accès pour l’ensemble des usagers, au risque de pénaliser aussi bien les particuliers que les entreprises, les médias en ligne et même l’administration publique, de plus en plus engagée dans sa transition numérique ? Dans de nombreux États, des dispositifs juridiques existent déjà pour sanctionner les auteurs de contenus illicites sans pour autant couper l’accès à toute une population. Pourquoi ne pas privilégier ces mécanismes ciblés plutôt qu’une décision aux effets collatéraux importants ? Pour certains observateurs, la suspension ressemble à une tentative de « casser le thermomètre » afin de faire baisser la fièvre. Reste à savoir si la stratégie portera ses fruits ou si elle alimentera davantage les tensions.

Le contexte régional pourrait également éclairer cette décision. Lors du 39e sommet de l’Union africaine, tenu à Addis-Abeba, le président angolais João Lourenço, alors président sortant de l’organisation panafricaine, s’est vivement insurgé contre ce qu’il a qualifié de « blanchiment » des coups d’État par des élections. Des propos qui ont rapidement enflammé la toile à Libreville, suscitant débats et réactions en chaîne. La décision de la HAC est-elle liée à cette séquence politique sensible ? Officiellement, rien ne l’affirme. Mais la concomitance des événements alimente les spéculations.

Une chose est certaine : dans un monde où le numérique structure désormais l’économie, la communication et la gouvernance, suspendre les réseaux sociaux n’est jamais un acte anodin. Reste à voir si cette fermeté affichée permettra de restaurer l’ordre informationnel ou si elle ouvrira un nouveau front dans le débat sur la liberté d’expression et la régulation du cyberespace en Afrique.

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