CAN 2025 : pourquoi le Maroc tient tant au huis clos d’une audience qui pourrait lui faire perdre son titre

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Le Tribunal arbitral du sport (TAS) examine le recours du Sénégal contre la décision de la Confédération africaine de football (CAF) d’attribuer le titre de la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert. Alors que Dakar assume une communication publique sur le dossier, Rabat privilégie la discrétion et demande que les débats restent entièrement confidentiels. Une différence d’attitude qui nourrit les interrogations autour d’une affaire dont l’issue pourrait bouleverser le palmarès de la compétition.

Le sort du trophée de la Coupe d’Afrique des nations 2025 se joue désormais devant la justice sportive. Ce jeudi 8 octobre, à Lausanne, en Suisse, le Tribunal arbitral du sport se penche sur le recours introduit par la Fédération sénégalaise de football (FSF), qui conteste la décision de la CAF de retirer au Sénégal sa victoire initialement acquise sur le terrain pour attribuer le titre au Maroc.

Au-delà du résultat sportif, cette audience met en lumière une différence de stratégie entre les deux fédérations. D’un côté, le Sénégal communique sur la préparation de son dossier et affiche sa confiance dans la procédure arbitrale. De l’autre, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) insiste sur la nécessité de maintenir les débats à huis clos. Une position qui soulève une question centrale : pourquoi le Maroc tient-il autant à ce que les échanges devant les arbitres restent confidentiels ?

Une finale sous tension, à l’origine d’un bras de fer juridique

Pour comprendre les enjeux de cette affaire, il faut revenir à la finale de la 35e édition de la CAN, disputée au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Dans les dernières minutes du temps additionnel, l’arbitre accorde un penalty au Maroc. Une décision vivement contestée par les Sénégalais, qui quittent temporairement la pelouse pour protester.

La rencontre reprend ensuite, et les Lions de la Téranga finissent par s’imposer en prolongation grâce à un but de Pape Gueye. Sur le terrain, le Sénégal semble alors avoir remporté le trophée au terme d’une finale particulièrement tendue.

Mais l’histoire ne s’arrête pas au coup de sifflet final.

En mars suivant, les instances disciplinaires de la CAF prononcent une sanction lourde : le Sénégal est déclaré forfait et la rencontre est homologuée sur le score de 3-0 en faveur du Maroc.

Cette décision transforme radicalement l’issue de la compétition. Le Maroc se retrouve officiellement sacré champion d’Afrique, tandis que le Sénégal conteste la légitimité de cette décision et demande son annulation devant le TAS.

Le cœur du litige est donc clair : il s’agit de déterminer si la sanction prononcée par la CAF doit être maintenue ou si le résultat obtenu sur la pelouse doit retrouver sa valeur officielle.

Le huis clos marocain, une stratégie qui interpelle

L’audience de Lausanne se déroule intégralement à huis clos. Les échanges entre les parties ne sont donc pas accessibles au public, alors même que l’affaire suscite un vif intérêt auprès des supporters des deux pays.

Selon les éléments du dossier, la FRMF a explicitement réitéré sa volonté de maintenir la confidentialité des débats. Cette insistance contraste avec la communication adoptée par les autorités sportives sénégalaises, qui n’hésitent pas à évoquer publiquement l’évolution de la procédure.

Pour autant, cette demande de huis clos ne permet pas, à elle seule, de conclure que le Maroc redoute une décision défavorable. La confidentialité des audiences arbitrales peut répondre à des considérations juridiques ou stratégiques, et les motivations précises de la fédération marocaine ne peuvent être établies sans déclaration explicite de sa part.

Il reste que, dans une affaire où l’attribution d’un titre continental est directement en jeu, le choix du secret alimente les interrogations. La discrétion marocaine tranche avec les prises de parole sénégalaises et contribue à entretenir le suspense autour d’une décision qui pourrait avoir des conséquences majeures pour les deux sélections.

Dakar prend la parole, Rabat reste discret

Du côté sénégalais, la préparation du recours a fait l’objet de déclarations publiques. La ministre des Sports, Djirèye Clotilde Coly, s’est notamment exprimée sur RFI pour confirmer que le dossier avait été finalisé. Elle a également indiqué que les autorités sénégalaises s’en remettaient à la décision du Tribunal arbitral du sport.

Cette prise de parole traduit la volonté de Dakar de montrer que son recours a été préparé et que le Sénégal entend défendre jusqu’au bout le résultat obtenu sur le terrain.

En face, aucune communication officielle marocaine équivalente n’est mentionnée dans les éléments disponibles depuis l’ouverture de la procédure. La FRMF privilégie ainsi une posture réservée, laissant ses arguments être défendus dans le cadre de l’audience.

Cette différence de communication ne préjuge toutefois pas de la solidité juridique des arguments de chaque camp. Dans une procédure arbitrale, la décision dépendra avant tout des éléments soumis aux arbitres, des règles applicables et de l’analyse des faits contestés.

Trois arbitres pour départager le Sénégal, le Maroc et la CAFPour trancher ce différend, le TAS a constitué un panel de trois arbitres. La formation est présidée par le professeur français Gérald Simon, spécialiste du droit et rattaché au Centre de recherche sur le droit des marchés et des investissements internationaux (CREDIMI) de l’Université Bourgogne Europe.

Il est assisté de l’Italien Luigi Fumagalli et de l’Allemand Ulrich Haas. La procédure se déroule en français et l’audience doit mobiliser les parties tout au long de la journée.

Les représentants du Sénégal et du Maroc sont présents à Lausanne, aux côtés des conseils juridiques de la CAF. La délégation sénégalaise, conduite par le président de la FSF, a rejoint la Suisse en passant par l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Paris, avec une équipe d’avocats chargée de défendre le recours.

L’enjeu pour les trois parties est considérable. Pour le Sénégal, il s’agit de faire reconnaître le résultat acquis pendant la finale. Pour le Maroc, l’objectif est de préserver le titre qui lui a été attribué par la CAF. Quant à l’instance continentale, sa décision disciplinaire est directement soumise à l’examen du tribunal arbitral.Quel avenir pour le trophée de la CAN 2025 ?

À l’issue de l’examen du dossier, trois scénarios principaux sont envisageables.

Le premier serait une confirmation de la décision de la CAF. Le forfait du Sénégal et la victoire administrative du Maroc sur le score de 3-0 seraient alors maintenus.

Le deuxième scénario serait une intervention directe du TAS, qui pourrait annuler la sanction contestée et substituer sa propre décision à celle de l’instance continentale. Une telle issue pourrait permettre de rétablir le résultat obtenu par le Sénégal après les prolongations, selon les conclusions retenues par les arbitres.

Enfin, le tribunal pourrait annuler la décision attaquée et renvoyer le dossier devant les instances compétentes de la CAF, chargées de réexaminer l’affaire et de statuer à nouveau.

À ce stade, aucune de ces hypothèses ne peut être considérée comme acquise. Les arguments présentés à huis clos et leur appréciation par les arbitres seront déterminants.

Un titre en suspens, deux pays dans l’attente

Le TAS a indiqué qu’aucune décision ne serait annoncée à la fin de l’audience. Le dossier sera mis en délibéré, sans date précise communiquée pour le prononcé de la sentence.Cette attente prolonge l’incertitude autour du titre de la CAN 2025.

Derrière la bataille juridique, deux lectures de la finale s’opposent : celle d’un Sénégal qui revendique une victoire sportive et celle d’un Maroc officiellement sacré à la suite de la décision disciplinaire de la CAF.

Le huis clos demandé par la fédération marocaine restera, lui aussi, un élément marquant de cette procédure. Il ne constitue pas une preuve de faiblesse juridique ni un indice certain sur l’issue du litige, mais il souligne combien chaque partie entend maîtriser sa stratégie dans un dossier à forts enjeux.

Désormais, les regards se tournent vers les trois arbitres du TAS. Leur décision déterminera si le Maroc conserve officiellement le trophée, si le Sénégal retrouve le titre remporté sur le terrain ou si l’affaire repart devant les instances de la CAF. En attendant la sentence, le champion de la CAN 2025 reste au centre d’un bras de fer dont l’issue dépasse largement les limites du terrain.

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